Il est un temps où les élèves de Penvénan aiment visiter les résidents de l’EHPAD.
Nous n’avons que la route à traverser. Ce deuxième rendez-vous avec la Compagnie « La BAO ACOU » s’apparente à une plongée en terrain connu. Cécile, la metteure en scène, joue avec les mots. Nous accueillant avec Camille et Benoît de tout son enthousiasme, elle parle plutôt d’une terre inconnue.
Pourtant, notre village est, depuis l’événement TAPO MAPO, bien formé et solidaire. Nous nous asseyons à terre, dans la ronde entre les aînés déjà bien installés dans leurs fauteuils, sur une bâche bleue.
Le voyage symbolique et imaginaire commence. Le bleu qui recouvre le sol peut évoquer la mer… Le plastique blanc plié en son centre, une des sept îles, une immense plaque de déchets, un iceberg ou un bateau de migrants…
Cécile est aussi une conteuse. Après avoir déplié le voile blanc, elle convoque notre imaginaire d’enfants, et nous avons le droit de toucher, d’effleurer, de créer des vagues avec le grand drap de plastique blanc et même de nous y abriter. Il suffit d’une phrase pour faire basculer le réel et créer ensemble la vision d’une mer calme ou agitée.
Depuis le matin, une grande boule suspendue, nous intrigue.
La lune ? La stratosphère ? Une planète ?
Nous participons à une recherche d’universalité à laquelle nous appartenons tous.
Des questions nous échappent encore mais dès que Benoît, transformé en marchand de couleurs, nous distribue notre flacon de peinture rose, verte, jaune, orange ou bleue, nous sommes parés pour une mission surhumaine et initiatique.
Ce sont nous les apprentis sorciers qui colorions notre planète à grands jets artistiques. Francine, du haut de ses 103 ans nous éclabousse d’une myriade de pastilles rouges.
En deux ou trois tours de ronde où chacun a pu exprimer sons sens de l’envol pictural, nous trouvons ce tableau, inachevé ou pas, beau et à notre goût ! Il est le résultat d’un temps individuel et collectif.
Cinq camarades volontaires, nous assurant que leurs parents ne se fâcheront pas, ont le droit de rouler sur le tableau lui donnant alors des tons impressionnistes. Le presque achevé, c’est la vie !
La sphère est décrochée et le monde entier se met en mouvement. Nous assistons à la naissance de notre planète, celle de la couleur et de l’espoir, celle qui nous abrite tous et de laquelle nous prenons soin, celle que nous avons créée avec les résidents dans un souffle commun, « celui de la patience et de la concentration, tout le corps en éveil. »
« Et les yeux écarquillés, nous assistons à la naissance d’une nouvelle terre, comme des enfants. »
Une expérience sensorielle, artistique rare, intense, inattendue ! Un véritable voyage que vous raconteront les enfants devant leur Planète Couleurs, visible à la résidence des Korrigans.
Attention l’œuvre éphémère s’autodétruira dans huit jours…
























